On retrouve notre ancien international tricolore pour décrypter la seconde étape espagnole et les performances de nos équipes françaises. Crédit photo : Monaco Rugby Sevens.

LE BILAN DE FRANCE 7 MASCULIN

Les Français leaders…des cartons jaunes !

Les Français ont bien démarré le tournoi. Il y a eu quelques erreurs, mais ce n’était pas alarmant non plus. Ils n’ont pas déjoué face à des équipes plus faibles. Mais derrière, ils sont tombés face à une belle équipe d’Angleterre, et encore une fois leur gros problème a été l’indiscipline. Paulin Riva prend un carton jaune ce qui leur fait terminer la première mi-temps à 6. Esteban Capilla en reçoit un également à la fin, ce qui fait qu’ils se rendent une partie difficile face aux Anglais, alors qu’ils réalisent plutôt un bon match. Et c’est cette indiscipline qui leur coûte cher ! Sur les statistiques, les Français sont leaders en termes de cartons jaunes ! 13 cartons reçus. À ce niveau-là, c’est trop. Il faut qu’ils soient beaucoup plus disciplinés.

Le placement des ailiers : à changer ?

Ce que j’ai trouvé dommage, c’est que nos ailiers restent souvent en position de 7, alors que les Anglais par exemple utilisent souvent le leur, Tom Bowen, en avant-dernier joueur. Ce qui permet de créer des zones de fracture et de désorganiser un peu la défense. Pour ma part, je serais curieux de voir un Nelson Épée, avec ses appuis et sa capacité à déborder les mecs, au milieu du terrain. Mais aujourd’hui, cela ne semble pas faire partie du projet. Pourtant, face à des équipes qui alignent des joueurs rapides au centre du terrain, les États-Unis par exemple avec Isles et Baker, mais les Anglais le faisaient aussi avec Bowen et Norton à l’époque, défendre à deux, ce n’est pas suffisant. Ces joueurs au centre du terrain créent tellement de différences grâce à leur capacité à casser les plaquages, qu’il faut également ajouter le libéro (cf : le joueur qui défend en deuxième rideau). On l’a vu notamment lors de ce match face aux États-Unis (cf : places 5-8), les Français ont eu un peu de mal à défendre sur Carlin Isles, notamment car le libéro se trouvait assez loin de la défense.

L’Argentine, entre efficacité et incompréhension

Contre les Argentins, les Bleus réalisent vraiment un sacré match. La capacité à enchaîner les temps de jeu avec de la vitesse, à accélérer la libération du ballon après les rucks, à chercher des croisées très intéressantes, il y a eu beaucoup de positif. La croisée à 7 est très dure à défendre, notamment dans les jeux de couloirs (cf : les 15 mètres de chaque côté du terrain) et elle a été très bien utilisée, comme le font les Sud-Africains. Pour parler encore de stats, les Français sont premiers sur les offloads, ce qui montre que ce jeu de couloirs est maîtrisé. Pour revenir sur l’action de Varian où il se fait prendre dans l’en-but, je ne lui en veux pas, car je pense que c’est ce qu’il fallait faire. Il a juste été un peu trop gourmand, ça arrive. Mais des joueurs qui ont ce réflexe en bout de course, et qui arrivent à trouver cette lucidité pour se rapprocher des poteaux et aller chercher ces deux points de plus, c’est top !

Par contre, sur la dernière mêlée en fin de match, je ne comprends pas pourquoi ils ont mis Jonathan Laugel au talon. Sûrement pour sécuriser un peu plus le ballon, mais ils ont mis Esteban Capilla en pilier gauche. J’aurais fait le contraire. Je ne sais pas également si c’était une bonne idée d’introduire de ce côté (gauche) pour Stephen Parez. En changeant de côté, cela aurait permis d’isoler deux Argentins dans le côté fermé. Au final, les Bleus se sont faits cabosser en mêlée, les Argentins ont récupéré le ballon et les Français ne sont pas du tout montés, car ils étaient prêts pour attaquer. Ce manque de réactivité des trois-quarts a fait qu’ils ont subi et qu’ils se sont fait déborder par la suite.

LE BILAN DE FRANCE 7 FÉMININ

Marquer les esprits en Europe

Elles ont elles aussi bien démarré le tournoi, il n’y a pas grand-chose à dire sur les premières rencontres. 0 point encaissé et surtout cette volonté de marquer les esprits en Europe. C’était très propre, beaucoup de jeu debout ce qui est la façon de jouer des filles. J’ai bien aimé l’attitude de Coralie Bertrand qui a parfois utilisé la passe au pied. C’est la seule fille aujourd’hui qui tente cette forme de jeu, même Jade qui possède pourtant des qualités dans ce domaine ne le fait pas. Très bon tournoi également de Lou Noël et Chloé Jacquet qui ont vraiment apporté à l’équipe. Ce sont des joueuses dynamiques, fortes sur les appuis, qui ont débloqué des situations et elles mériteraient peut-être un peu plus de temps de jeu.  Pour parler de statistiques, les filles sont aujourd’hui elles aussi premières sur les offloads, ce qui montre leur volonté de jouer debout, et deuxièmes sur la défense. Donc encore une fois, c’est plutôt très positif. Et puis, pour rester sur les stats, elles sont allées chercher cette cinquième place face aux Russes, finalistes la semaine passée, et c’est important, car cela leur permet de rester deuxièmes.

L’Australie au tableau de chasse

Franchement, la victoire contre les Australiennes, bravo ! Elles ont montré qu’elles étaient capables de faire tomber les numéros unes mondiales. Alors certes c’était un match de poule, ça aurait peut-être été différent sur une finale. Néanmoins, elles ont su démontré qu’elles pouvaient renverser des montagnes, et ce, malgré une indiscipline encore présente avec un carton jaune reçu par Camille Grassineau. Grosse partie à souligner de Jade Ulutule, qui a encore été très utilisée et a répondu présente. Des leaders encore bien en place, à l’image de Camille Grassineau, qui a été exemplaire malgré son carton. Mais globalement, bravo à toute l’équipe car chaque fille a apporté au collectif, que ce soient les titulaires ou les remplaçantes.

Attention à la défense solitaire !

Au final, les filles ont fait le plus dur face aux Australiennes, mais se sont retrouvées face à des Anglaises revanchardes après la défaite de la semaine passée en ouverture du tournoi. L’Angleterre a su corriger les erreurs du week-end dernier et du côté tricolore, j’ai trouvé une Anne-Cécile Ciofani peu à l’aise en numéro 6. Elle portait souvent un peu trop les ballons, il y avait également des soucis dans la qualité de passes, notamment sur la main gauche. Montserrat Amédée qui revient de pas mal de temps sans avoir joué à 7 était également un peu en manque de repères, il y avait des nouvelles joueuses à intégrer aussi sur des matchs durs. Et sur le jeu, les Anglaises ont joué beaucoup de duels et les Françaises se sont souvent retrouvées isolées en défense. J’ai l’image de cet essai sur mêlée des Anglaises où Jade se retrouve finalemement seule à défendre au centre du terrain, alors qu’elles auraient dû s’organiser à deux pour défendre et ensuite plaquer individuellement. Sur cette action, la numéro 6 est montée un peu trop sur la ligne d’avantage, alors qu’il aurait fallu patienter pour ne pas ouvrir la porte à Jones qui derrière a réalisé un magnifique intérieur/extérieur. C’était très bien joué, il faut le dire aussi.

LE COUP DE COEUR DU TOURNOI

Les Sudafs ouvrent le débat !

Le jeu des Sud-Africains amène à se poser beaucoup de questions, car ils ne font pas du tout de bascules (cf : capacité à changer le sens de jeu en bout de ligne sans passer par le sol). Les Français en font, les Fidjiens en font, les Néo-Zélandais en font aussi un peu, mais pas eux. Les Sud-Africains eux avancent sans cesse avec du gaz et une qualité de passes impressionnante. Quasiment tout le temps dans la course. Ils ont aussi cette capacité à aller toujours chercher très vite les couloirs extérieurs et que les libérations soient le plus propre possible. Et maintenant, toutes les équipes le savent : jouer les Sudafs, ça pique. Mais le fait qu’ils ne fassent pas de bascules amène à réfléchir : est-ce que ce ne serait pas la clé finalement ? Une chose également très intéressante, c’est que les joueurs sud-africains effectuent déjà un match pendant leur échauffement. Ils s’entraînent à une intensité invraisemblable. Au final, les Australiens ont démontré de bonnes choses sur la finale, mais les Sud-Africains étaient vraiment au-dessus.

La mention spéciale : Jérémy Rozier

Je tiens à mentionner un Français sur ce tournoi qui est Jérémy Rozier (cf : arbitre de la finale masculine). Je le félicite pour son arbitrage, aujourd’hui il est vraiment au top. Et c’est plaisant de le revoir à ce niveau après sa blessure. J’espère pour lui qu’il aura l’occasion d’arbitrer la finale à Paris en 2024, même si bien sûr on espère y voir les Français, ce qui veut dire qu’il n’y sera pas pour le coup. Mais un grand bravo pour son travail ! Il a su prendre les bonnes décisions sur cette finale, d’un côté comme de l’autre.