En ce début d’année 2026, le président de la Fédération Française de Rugby, Florian Grill, nous a accordé un entretien exclusif pour aborder la bonne santé du Sevens français et la stratégie fédérale jusqu’aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028 (Crédits photo : José Edo / Getty Images).

Plus d’un an après Paris 2024, où en est le Rugby à sept en France ?

Florian Grill : Tout d’abord, je crois qu’on a le droit de continuer de savourer ce titre olympique. Le fait d’avoir rempli le Stade de France pour les garçons et les filles, c’était juste incroyable. Cela a ouvert le rugby à un autre public, plus féminin, plus jeune et c’était extrêmement important de rebondir là-dessus. Depuis cette médaille d’or et même avant, on avait commencé à négocier avec World Rugby pour remettre la France sur la carte du Circuit mondial de rugby à 7 au même titre que le Cap, Hong Kong, Dubaï et maintenant New York. C’est très important d’avoir obtenu cette étape à Bordeaux et on peut en être incroyablement fier.

En quoi est-ce primordial d’avoir une étape en France ?

Florian Grill : C’était inconcevable pour moi qu’il n’y ait plus de tournoi du SVNS Series en France et même en Europe. On voulait ce tournoi chez nous car cela fait partie de notre stratégie du haut niveau à 7. On a renouvelé les staffs des équipes de France avec les arrivées de Benoît Baby et Romain Huet, on a rajeuni les effectifs et je pense qu’on est en avance par rapport à d’autres nations dans la perspective des Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028. Sportivement, la première saison après Paris 2024 est très intéressante et celle-ci démarre bien avec une médaille de bronze pour les filles au Cap et deux quatrièmes places pour les garçons. Même si la nouvelle formule est très exigeante, on sent que nos équipes montent en puissance. On a des filles de 18, 19 et 20 ans qui ont joué à Dubai et au Cap, c’est assez phénoménal. Dans le même temps, on est en train de travailler avec la Ligue Nationale de Rugby pour renforcer le niveau sportif de l’In Extenso Supersevens. Avec cette dernière étape du Circuit mondial en France, celle qui décidera des champions et championnes du monde, cela donne une vraie visibilité au rugby à sept sur notre territoire et ce sera la première occasion de revoir les Françaises et nos Champions olympiques dans l’Hexagone.

Justement, quelle est la vision de la Fédération Française de Rugby pour le rugby à sept ?

Florian Grill : Je pense que le rugby à 7 est d’abord un vrai atout pour la formation des joueurs et des joueuses. Quand tu vois le nombre de joueurs passés par France 7 qui jouent maintenant en Top 14 et, pour certains, qui pointent leur nez avec le XV de France. L’exemple d’Antoine Dupont est frappant. Le rugby à sept lui a permis de progresser physiquement et techniquement, quand l’Olympisme lui a donné une dimension personnelle encore supérieure à celle qu’il avait déjà dans le monde du rugby à 15. C’est important de mettre en avant ces beaux parcours qui montrent à quel point cette discipline est un outil ultra intéressant. Jérôme Daret le dit souvent, le 7 c’est la R&D du rugby (Recherche et Développement ndlr) et je suis d’accord avec lui.

Malgré l’incroyable engouement à Paris 2024, le rugby à 7 peine encore à se démocratiser et à diffuser dans les clubs, comment faire réellement exister cette « version olympique du rugby » en France ?

Florian Grill : On a fait une étude sur les freins que rencontrait le rugby à 7 dans nos clubs et on s’est aperçu que le plus gros venait dans l’ordre des dirigeants puis des entraîneurs et éducateurs. Au final, ceux qui sont le moins réticents à l’essor de cette pratique, ce sont les joueurs et les joueuses qui eux sont plutôt demandeurs surtout les jeunes. C’est vrai que c’est compliqué d’organiser un plateau à 7, cela implique beaucoup plus de monde, de bénévoles et de moyens qu’un match de rugby à 15. Il faut aussi que les éducateurs et les entraîneurs se forment parce que tu ne fais pas du 7 comme tu fais du 15. C’est pareil pour les arbitres. On a donc mis l’accent sur les brevets fédéraux à 7, la formation des officiels de match et sur la sensibilisation des clubs, des dirigeants, des bénévoles à la manière d’organiser un plateau de Sevens. Je suis un fervent défenseur de cette discipline et je sais que cela prends du temps de changer les mentalités, mais on y travaille.

Concrètement, comment s’articule votre stratégie fédérale ?

Florian Grill : Je pense qu’il faut penser le développement d’un sport en fonction de l’intérêt de ses pratiquant(e)s. Tu commences le rugby de plus en plus tôt, à 3 ou 4 ans, donc quand tu finis l’école de rugby, tu as déjà 10 ans de rugby. Je trouve intéressant de développer cette pratique en cadet, cadette et junior. Quand tu discutes avec eux et qu’ils ont goûté le 7, ils te disent, y compris les joueurs et joueuses du 5 de devant, qu’ils n’ont jamais autant progressé, qu’ils touchent un nombre de ballons phénoménal, qu’ils cavalent comme ils n’ont jamais cavalé et je trouve ça hyper intéressant. C’est cette nouvelle génération qui va entraîner le développement du rugby à 7 dans l’avenir donc l’objectif est de les faire jouer le plus possible. Au début, quand j’étais président de la Ligue Île de France, on s’était beaucoup appuyé sur les associations pour créer des dates de rugby à sept. Les associations restent très importantes mais aujourd’hui, on demande aussi à nos ligues régionales de créer ces tournois qui deviennent progressivement obligatoires pour ces catégories en début et fin de saison à 15. Il y a environ 35 000 pratiquant(e)s de rugby à 7 en France aujourd’hui, sachant qu’on partait de trois fois moins. On vise maintenant les 50 000 pour atteindre cet objectif d’augmentation du nombre de pratiquant(e)s.

Qu’en est-il de la pratique du Sevens pour les plus de 18 ans ?

Florian Grill : Derrière la locomotive que sont les équipes de France de rugby à sept, il y a deux autres niveaux Séniors : l’In Extenso Supersevens et les circuits amateurs. Le Supersevens est la compétition professionnelle. Dans notre vision, elle doit avoir un vrai rôle préparatoire pour France 7. Sur la prochaine édition, on a décidé avec la Ligue Nationale de Rugby d’imposer la présence de 70% de joueurs sous contrat avec le club dont ceux de la liste « Objectif 2028 ». C’était intéressant de voir évoluer des rugbymen amateurs sur les étapes mais si on veut monter le niveau de la compétition et développer son attrait, on doit en passer par là.

Concernant le Circuit Élite Sevens et le Circuit Sevens Accession ainsi que le Challenge Sevens Féminin, il y a un vrai travail de fond qui est effectué par Jordan Roux et les équipes de la FFR. La priorité est de bien organiser le calendrier général de ces compétitions pour avoir un véritable fonctionnement de circuit entre les tournois. Ensuite, nous voulons donner plus de visibilité à tous ces rendez-vous et permettre de les solidifier sur le plan économique. C’est important de voir perdurer les grandes étapes amateurs comme le Howard Hinton Sevens, le Med Sevens, le 7 de Coeur et tant d’autres. On a donc à la fois le développement de la base du rugby, du haut-niveau et un moment clé pour rassembler tout le monde avec cette étape à Bordeaux. On espère que ce sera une immense fête du Sevens autour de nos deux équipes de France et la célébration de nos champions olympiques, on travaille pour ça.

Le rugby à 7 a également un enjeu dans le développement du rugby dans le monde…

Florian Grill : La vérité, c’est que le rugby n’est pas vraiment un sport mondial. On existe principalement dans les pays du Tournoi des Six Nations et du Rugby Championship soit seulement 10 nations auxquelles on peut rajouter les Fidji et le Japon. Plusieurs nations émergentes comme l’Espagne, la Géorgie ou encore l’Allemagne ont envie de se développer mais c’est compliqué car le rugby à 15 coûte de plus en plus cher. Heureusement, on a voté une Coupe du monde à 24 équipes et le lancement du Championnat des nations (Nations Cup ndlr) avec un système de promotion / relégation entre les deux divisions de 12 nations chacune ce qui donne un peu de perspectives aux nations de ce second niveau. Mais cela va prendre du temps de voir émerger de nouvelles grandes nations à 15.

Avec le 7, le développement du rugby dans le monde est accéléré. Le fait d’être un sport olympique est un vrai levier. Cette discipline peut être subventionnée dans certains pays et grâce à ça, tu vois le rugby se développer en Chine, en Inde, dans les Émirats, aux États-Unis… Cet aspect olympique est très important si on regarde avec une longue vue plutôt que de rester le nez collé contre le pare-brise. C’est aussi la raison pour laquelle nous croyons au Rugby à 7. Contrairement à certaines nations (Grande-Bretagne, Irlande…) qui ont reculé et en dépit des tensions budgétaires, la FFR a d’ailleurs voté, en bureau stratégique, le maintien de notre investissement sur le sept pour les trois prochaines années. C’est près de 5 millions d’euros par an, équitablement réparti entre le 7 masculin et féminin. Ce vote est une vraie décision politique car on a tout intérêt que notre sport se développe dans le monde et parce que le 7 fait progresser nos joueuses et joueurs.

Économiquement, le Sevens a souvent été ciblé pour ses dépenses logistiques et son manque de revenus, comment le rendre plus viable ?

Florian Grill : World Rugby reverse tous les 4 ans une partie de la subvention olympique du CIO (13 millions de livres sterling par cycle olympique ndlr) mais ce n’est que tous les 4 ans et c’est partagé entre toutes les fédérations qui participent au 7, donc in fine les revenus sont faibles. Cela couvre quelques frais de déplacement des équipes de France. L’Agence Nationale du Sport nous accompagne notamment dans le cadre du « Plan Coachs » qui aide à la professionnalisation et à l’accompagnement des entraîneurs*. Il y a aussi une petite partie des revenus sponsoring de la FFR qui peut être attribué au 7 mais cela reste assez marginal car médiatiquement le 15 pèse beaucoup plus. Au final, il reste environ un coût net de 4 millions d’euros par an, une moitié pour France 7 Masculin et l’autre pour France 7 Féminin. Nous le considérons comme un investissement, pour autant générer plus de revenus directement avec le 7 est un vrai sujet.

Jusqu’à présent, cela n’était pas simple car il n’y avait plus d’étape en France. Cela va changer avec le Bordeaux SVNS même s’il s’agira d’abord d’être à l’équilibre. Nous allons également profiter des étapes à Hong Kong, Dubai et New York pour réaliser des diners de gala au profit de notre fonds de dotation « Rugby au Coeur ». Ces sous récoltées viendront aider nos clubs amateurs même si cela ne financera pas directement le 7, cela contribuera au global au développement du rugby. À date, le 7 reste donc un énorme investissement pour la Fédération, mais je le répète, c’est un investissement sur le long terme. Parce que ça fait progresser les joueurs, parce que ça rajeunit et féminise le rugby, parce que ça développe le rugby dans le monde et que c’est notre rôle en tant que nation majeur de notre sport.

*Le « Plan Coachs » est un programme de l’Agence Nationale du Sport visant à professionnaliser, accompagner et sécuriser les entraîneurs de haut niveau afin de placer l’encadrement au cœur de la stratégie de réussite olympique et paralympique française.


Vous avez participé au dernier Dubaï 7s
avec les équipes du Bordeaux SVNS et de la LNR, quel est votre sentiment après cette découverte ?

Florian Grill : C’était la première fois que j’allais au Dubaï Sevens et j’ai trouvé ça bluffant. C’est un festival dont le point d’orgue est le rugby à 7. On croise énormément de monde, il y a plein d’autres sports, des associations françaises sur des tournois annexes, de la musique, de la restauration, du business, c’est une organisation assez phénoménale (voir notre dossier sur le Dubaï 7s ndlr). On a passé beaucoup de temps à discuter avec les gens d’Emirates, de HSBC, les grands partenaires du rugby à 7 et il nous ont tous dit que chaque tournoi avait son identité propre. Il faut donc que l’on donne une tonalité particulière à celle de Bordeaux.

À quoi peut-on donc s’attendre sur cette étape finale en France ?

Florian Grill : Je n’ai pas encore de grandes révélations à faire mais de manière assez évidente, on veut créer une identité autour du vin, de la gastronomie et plus généralement de l’art de vivre à la française. On ne veut pas que ce soit uniquement un tournoi de rugby à 7, on veut quelque chose en plus, un supplément d’âme. On est donc en train de réfléchir à la meilleure manière de connecter la discipline avec ces thématiques. Quand on organise une étape du SVNS Series, on parle aussi au monde. Dubaï parle au monde, Hong Kong parle au monde etc… Bordeaux est une marque mondialement connue et je pense qu’il faut que l’on capitalise absolument là-dessus pour donner envie à des grandes entreprises internationales de vivre trois jours exceptionnels avec leurs clients. On travaille main dans la main avec l’UBB, la LNR mais aussi avec l’Office du tourisme de Bordeaux et Bordeaux Métropole pour développer cette étape. C’est la première édition donc on veut déjà la réussir sur le plan sportif et poser les bases de notre identité car on a trois ans devant nous. En tout cas, je crois que les gens sont très heureux de retrouver du 7 international en France et de revoir les Champions olympiques ainsi que les médaillées d’argent à Tokyo car la commercialisation des packs a très bien démarré.

Au regard de tous ces chantiers, quel est votre sentiment sur la dynamique du rugby à sept en France ?

Florian Grill : On est en train de créer ce que j’espère être un cercle vertueux pour faire monter le Sevens en puissance. De la même manière que j’ai envie que nos XV de France remportent un titre mondial, j’ai envie qu’on soit champion olympique à nouveau et que les Féminines décrochent l’or à leur tour. On a cette perspective des JO de Los Angeles en 2028, d’ici là tout le monde se mobilise dans les Ligues régionales, les grands tournois amateurs, sur l’In Extenso Supersevens ou pour cette étape du SVNS Series à Bordeaux que nous aurons pour les 3 prochaines années… Tout ça, c’est du travail et je pense qu’on est en train de mettre les choses dans le bon ordre.

Réservez vos places pour le Bordeaux SVNS, du 5 au 7 juin 2026 au stade Atlantique Bordeaux Métropole :