À quelques jours du coup d’envoi des Jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar, l’entraîneur-sélectionneur de France 7 U18, Thomas Darracq, pose le contexte de cet évènement historique en terre africaine pour les jeunes tricolores (crédit photos : France Rugby).
Trois mois après votre victoire aux Championnats d’Europe U18, vous allez disputer les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) à partir de dimanche. Comment avez-vous préparé cette compétition ?
Thomas Darracq : En réalité, le programme des JOJ se construit depuis deux ans à travers les rassemblements Élite Jeune à 7, les championnats Alamercery / Crabos à 7 et la filière d’accès au haut-niveau à 15 parce qu’on ne veut pas dissocier les deux disciplines. Ce programme va dans le sens d’un partenariat fort entre la Fédération Française de Rugby et les clubs dont les joueurs sont issus. Grâce à ça, on a pu identifier un groupe élargi de 30 garçons qui ont réalisé un gros travail durant l’été. On leur avait fait des préconisations sur la préparation physique et le rugby avec des éléments de jeu propres au 7 à travailler comme les changements de rythme, les attitudes aériennes ainsi que des spécificités sur la mêlée et la touche. Nous avons finalement sélectionné 12 joueurs et 2 réservistes qui ont fait le stage la semaine dernière à Marcoussis. Depuis lundi, le groupe définitif a basculé sur la préparation finale pour un départ à Dakar ce mercredi.
Parmi eux, sept joueurs ont remporté le titre européen cet été, il y a donc une réelle continuité avec ce qui a marché en Tchéquie.
Thomas Darracq : Bien sûr, on a construit cette équipe avec des joueurs qui ont de l’expérience à 7, qui connaissent les enjeux de résilience et savent switcher entre deux matchs. Cette gestion émotionnelle est très importante dans notre projet. Ils sont sept aujourd’hui mais ils devaient être huit. Malheureusement, Noah Champet s’est blessé avec son club (Provence Rugby ndlr). C’était le capitaine aux Championnats d’Europe et il n’a pas pu être rétabli à temps. On a fait monter Jonas Fradet de l’ASM Clermont Auvergne qui faisait partie des joueurs supplémentaires. Il y a une grande majorité de trois-quarts dans ce groupe, avec des profils plutôt athlétiques et dominants sur les championnats à 15 comme à 7. On va disputer cinq rencontres en deux jours à Dakar, il y a donc aussi de grosses capacités énergétiques. La particularité des JOJ, c’est qu’on joue à 12 et non à 13 comme à Prague. S’il y a un blessé, il faut que les joueurs soient capables d’enchaîner des matchs à haute intensité avec des temps de jeu importants. Enfin, on voulait des garçons avec un gros niveau d’engagement car c’est la marque de fabrique du rugby à sept. On espère que ce sera la bonne équation.

Ce sera la première compétition olympique en Afrique, le retour des JOJ huit ans après la dernière édition, à quoi vous attendez-vous ?
Thomas Darracq : Il y a déjà la découverte du village olympique pour les joueurs donc il ne va pas falloir se perdre dans toutes les sollicitations. Il y aura aussi l’adaptation à la chaleur même si on a eu des séances en salle d’acclimatation au Centre National de Rugby pour préparer les corps aux températures et à l’humidité de Dakar. Après, on va s’adapter au quotidien. C’est l’un des enjeux du rugby à sept parce qu’on change d’adversaire, d’opposition et de forme de jeu toutes les trois heures. Il faut aussi s’adapter à l’horaire de la rencontre dans la journée. C’est là-dessus où on essaie de leur apporter le maximum d’outils pour qu’ils puissent être efficaces pendant cette compétition.
Vous allez affronter l’Argentine, le Japon et l’Ouganda en poule, quel regard portez-vous sur ces équipes ?
Thomas Darracq : La particularité de cette génération, c’est qu’on n’a pas beaucoup d’images de nos concurrents. On va découvrir, ça va être la surprise et c’est aussi ce qui fait le charme de la compétition pour des jeunes joueurs. Ils vont plonger dans l’inconnu et la spontanéité va être de mise. On part du principe que ces nations ont tendance à avoir des programmes très alignés avec leur équipe senior. Donc on connaîtra un petit peu leur focus sur les coups d’envoi, les lancements de jeu ou l’organisation défensive. On s’inspire de ça en essayant de mettre les joueurs en vigilance. Mais à leur âge, ils vont découvrir sur le terrain et on va s’appuyer sur ce que nous sommes capables de faire pour répondre aux stratégies adverses.

La France a été en finale lors des deux dernières olympiades avec une médaille d’or et une médaille d’argent au bout, on imagine que vos objectifs sont aussi élevés ?
Thomas Darracq : Oui, l’ambition est de maintenir les standards du rugby français, à 7 et à 15, et d’aller chercher les meilleures places. Le podium est un minimum. Après le projet est surtout de continuer à faire grandir ces jeunes rugbymen français à forts potentiels au travers d’une compétition exceptionnelle. Ils ont la chance de pouvoir la vivre parce qu’ils tombent dans la bonne fenêtre générationnelle d’autant plus qu’elle ne s’est pas jouée depuis 8 ans à cause du COVID-19. Donc il faut absolument qu’on saisisse cette chance pour vivre un grand événement et aller chercher une grosse performance.
En quoi le développement de ces jeunes joueurs à travers le 7 est-il le cœur de votre projet ?
Thomas Darracq : L’enjeu, c’est vraiment de positionner notre programme à 7 dans un héritage fort de Paris 2024. On pense que c’est un élément hyper important pour les joueurs et le staff d’avoir cette ouverture d’esprit, cette notion de polyvalence et d’accepter de tenter des nouveaux challenges. La présence de Geoffrey Lannepetit illustre ce pont avec le monde professionnel. Geoffrey fait partie du staff de la Section Paloise en TOP 14 depuis plusieurs années et il a également participé à plusieurs éditions de l’In Extenso Supersevens, il a donc une appétence pour le rugby à 7. C’est important de leur faire vivre ces expériences sur le terrain et en dehors, de les préparer à vivre des événements avec de la pression, des contextes particuliers et des environnements différents de ce qu’ils vivent au quotidien. On veut montrer que le rugby à 7 peut être un tremplin dans leurs carrières.
L’objectif est-il aussi de préparer la relève pour les Jeux Olympiques de Brisbane 2032 ?
Thomas Darracq : Oui, si on arrive à sortir quelques joueurs pour Brisbane, ça serait exceptionnel. D’autres nations l’ont fait. Marcos Moneta a été champion olympique avec l’Argentine à Buenos Aires en 2018 avant de faire Paris 2024. Chez les filles, Risi Pouri-Lane, l’actuelle capitaine des Black Ferns Sevens, était déjà capitaine de la Nouvelle-Zélande il y a huit ans. Pour l’instant, en France, il n’y a eu que Sacha Valleau qui a remporté la médaille d’or à Nanjing en 2014 avant d’être dans le groupe pour Rio 2016. Mais plusieurs joueurs comme Yoram Moefana, Alexandre Roumat ou encore Arthur Retière ont performé ensuite en Top 14 et avec le XV de France.
C’est pour cela qu’on a un vrai alignement avec France 7 Masculin, son entraîneur Benoît Baby et le manager général Jérôme Daret. Ce sont les mêmes méthodologies d’entraînement, les même process au sein du staff, dans l’organisation, sur le projet de jeu, les charges d’entraînement… On essaie de faire ruisseler le programme pour que les joueurs, le jour où ils réintègrent une équipe nationale, aient déjà les outils et la démarche utilisés par France 7. En tout cas, c’est un beau challenge d’aller vivre les Jeux Olympiques à Dakar, une première sur le continent africain. Pour les joueurs et le staff, ça va être une super aventure que l’on espère la plus prolifique pour l’équipe de France olympique.
